Mais ça se voit, c'est là, ça fait mal. Tout le monde le sens mais tu persistes à faire comme si tout était normal. Et pourtant, les choses dérapent, à une vitesse, avec une force que tu ne peux contrôler. C'est comme ça. Mais il faut le cacher, continuer, te battre avec ce que tu as, ce que tu es. Ne pas montrer tes faiblesses et continuer. Même si ça blesse, même si les larmes coulent. Ne rien dire, ne pas parler. Rester digne. Tout va bien. Les amis sont bien là, tu le sais. Tu les sens. Ils te font du bien. Par leur présence, par leurs gestes, conscients ou inconscients. Il y a la famille, pas seulement la vraie, celle que tu t'es construite aussi. Ceux qui seront toujours là, à tes côtés pour t'épauler. Mais tout cela ne doit pas les atteindre. Ce sont tes problèmes, tes embrouilles, la vie que tu as choisie, des principes biens définis. C'est à toi et à toi seule. Tu es la seule concernée. Rien ne doit sortir, ça t'appartient, c'est ton passé, ton vécu. Ne le partager avec personne. Garder tout pour soi. Ne rien laisser passer. Tout filtrer. Rien ne doit éclabousser sur eux. Il ne doit rien leur arriver par ta faute. Tout cela ne doit en aucun cas les atteindre. Tu restes droite, tu te tais, tu fais diversion et tu continues. Tu ne mens pas, nan, tu les protèges. Tu ne leur dis rien, nan, ils savent déjà. Ils savent qu'ils sont importants pour toi. Et puis, ils ne doivent jamais se faire de soucis pour toi. Jamais. Tout va bien. D'ailleurs tu contrôles tout. Jusqu'au jour où les barrières tombent...
Un jour, une rencontre, une re-rencontre même, une évidence...
Une remise en question. Un recadrage de tout ce que tu es. Tu dois tout repenser, reprendre tes théories. S'ouvrir à l'autre, laisser passer les sentiments, enlever ce filtre qui te bouffe peu à peu et qui t'a toujours éloignée des autres. Baisser les armes, apprivoiser sa colère. Sans pouvoir la contrôler. Mais essayer de la comprendre. Sans aller contre. Ouvrir les vannes. Parler. Ecouter. Ouvrir les yeux. Penser à deux. Penser pour deux. Se mettre à la place de quelqu'un d'autre. Comprendre qui l'on est à travers l'autre. Ne pas être en conflit avec lui. Mais être ensemble face à tout ce que l'on appréhende. Découvrir le bonheur que l'on croyait acquis depuis si longtemps. Sourire entièrement à la vie. Scruter l'avenir avec délice, avec envie, avec impatience. Se réconcilier avec sa propre intimité et s'ouvrir à l'autre en en recevant tout autant. Rire ensemble, passer du temps ensemble. Refaire le monde. Vivre ensemble. Penser ensemble. S'aider mutuellement. Se porter l'un l'autre. Une symbiose. Une bouffée d'air pur, une extase. Se faire tourner la tête. S'envoler à deux. En oubliant jamais d'où l'on vient, en oubliant jamais que les amis sont toujours là, qu'ils le seront toujours. Et que sans eux, rien n'aurait été possible. C'est un tout, une entité, un ensemble. Les voir moins souvent mais compenser en y pensant davantage. Leur faire comprendre que c'est la vie. Que désormais le temps doit être partagé. Mais que les moments qu'on passe ensemble sont d'autant plus forts. Y croire fort. Pouvoir enfin leur demander de l'aide. Pas pour tout, pas sur tout. Mais apprendre petit-à-petit. Et vouloir les serrer dans mes bras, en leur disant que je les aime tous. Chacun d'eux. Pour ce qu'ils sont. Pour ce qu'on est. Pour ce qu'ils ont fait de moi, de nous, d'eux. On est par les autres et pour les autres.
Et parce que ça va, et qu'on a envie de le montrer et de le faire vivre à tous les proches.